1ère diffusion le 11 Février à 20H00
Arts et culture
Réalisation : Anne Andreu
France
Durée 52'
2006
Couleurs
Ce documentaire sera présenté au Festival de Berlin et en clôture du FIPA.
Balsan est parti brutalement, volontairement et mystérieusement le 10 février 2005. Il avait 50 ans. Il n’a laissé aucune trace, sauf un roman, "Le ver luisant", écrit par son père, Louis, au sortir de son expérience dans les camps. Anne Andreu rend hommage au producteur, à l’acteur, à l’homme "qui a risqué sa vie au cinéma" (J-M Frodon, Les cahiers), flamboyant, rieur et bordélique, sensible à toutes les civilisations qu’il croyait possible d’unir par l’art.
Son épouse, Donna, son frère, Charles, sa soeur, France Aimée, Carole Bouquet, Michel Piccoli, Yousry Nasrallah, Sandrine Veysset, Elia Suleiman, Brigitte Rouän... racontent le mari, le frère, l’ami, le collaborateur : ses rencontres, ses amitiés, ses aventures lumineuses. Les évocations, ardentes, saisies séparément, se ressemblent : "son élégance et sa joie de vivre (...), son goût pour la différence (...), son empathie, sa légèreté, sa liberté", "son besoin de sortir de son monde à lui, de sa naissance, de ses douleurs", "un mécène plus qu’un producteur qui se serait trompé de siècle", "un remonteur de moral", "un homme de parole". Personne ici ne croit à une disparition désargentée, plutôt à un secret douloureux.
Anne Andreu revient sur son enfance, magique, dorée, marquée par une éducation très libre, sur la révolte ("inséparable du cinéma") de l’adolescence. Sur sa première expérience au cinéma, stigmatisée par ses débuts d’acteur dans le sublime Lancelot du lac de Bresson en 1974, où il interprétait l’un des chevaliers de la table ronde, Gauvain. Sa rencontre avec le cinéaste, comme une onde de choc, le convainc de faire du cinéma sa vie, malgré l’hostilité familiale. Cette vie-là démarre avec des grands et petits rôles (D’Un balcon en forêt de Mitrani Le maître-nageur de Trintignant qu’il a produit, Loulou, J’ai épousé une ombre, Un jeu brutal, à Travaux...), un retour avec Bresson, comme assistant-réalisateur sur Le diable probablement, qui le conduit à réaliser son premier et un unique court-métrage consacré à la pianiste Nadia Boulanger, une expérience qui lui enseigne le métier de producteur.
Cette autre vie commence par Adieu Bonaparte (1985), un des rares films qu’il aura produit avec une star, Michel Piccoli, auquel il sera fidèle (cinq films ensemble). C’est le début de son histoire avec Chahine (auquel la réalisatrice a consacré un très beau portrait, Les mondes de Chahine), jusqu’à Alexandrie... New York.
"L’oriental", comme le définit la productrice Fabienne Vonier, a tenu, au même titre que Paulo Branco, une place à part dans notre industrie cinématographique, faisant toujours des choix courageux, revendiqués, engagés. S’il est celui qui a révélé le cinéma palestinien (Intervention divine, 2001), il a aussi ardemment défendu le cinéma français, en donnant leur chance à de jeunes auteurs, en particulier Sandrine Veysset (Y aura-t-il de la neige à Noël ?, le premier grand succès du producteur en 1996), Philippe Faucon ou Claire Denis. Son travail le dévore, sa voiture est son bureau (le patron d’Ognon Picture va et vient entre Paris et Aix où il a installé sa famille pour la protéger, pendant dix ans), son portable est collé à ses oreilles. "Le producteur cowboy" comme l’appelle Yolande Moreau, n’aura pas assisté aux César qui couronnèrent Quand la mer monte, ni vu la fin de Travaux quand ça commence, ni jamais Un ami parfait de Francis Girod.
L’amoureux du désert aura produit ou coproduit soixante-cinq films en vingt-cinq ans, dont dix-sept du monde arabe et moult premiers films, en ayant le souci permanent de combattre pour la diversité culturelle. Il est l’un de ces rares producteurs dont on peut dire qu’il a laissé une oeuvre. Richement illustré (photos, images amateurs, extraits de tournages et le seul et précieux enregistrement radiophonique accordé par Balsan à un jeune étudiant, Florient Moll, en 2002), ce magnifique portrait qui n’a rien de post-mortem, croque un homme extraordinairement vivant, résolument libre et curieux du monde. "Le cinéma était une manière pour lui de voyager dans la vie des autres, des réalisateurs" (M. Piccoli). Il bouleverse aussi, comme cette lettre de Youssef Chahine (qui n’est jamais revenu en France depuis l’enterrement) qui dit tout son amour à son ami, "à sa bonté, son courage, son élégance de caractère". Il ne lui dit pas adieu, mais au revoir. "Le ver luisant annonce que le matin est proche" (Hamlet)...
VF : le 11 Février à 20H00 (1ere Diffusion), le 12 Février à 14H30, le 17 Février à 18H50, le 19 Février à 19H45.
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