Télérama n°2897 du 23 au 29 juillet 2005

© Patrick Swirc

© Patrick Swirc
Une mère Nature aux jupes amples et aux bras ouverts : "La terre, ça me rassure."
Yolande Moreau est une planète. S'y entassent, en vrac, des copains barjos, des jardins sauvages et de la fantaisie en pagaille. Douze ans durant, jusqu'en 2002, les amateurs de théâtre l'ont suivie sur les planches dans les spectacles de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. Le grand public l'a découverte dans sa version cathodique, en compagnie de drôles de zèbres ringards et attachants, Les Deschiens. Cet hiver, on l'a aimée au cinéma en amoureuse aérienne sur les rivages du Nord, dans son premier film, coréalisé avec Gilles Porte, Quand la mer monte... Aujourd'hui, Yolande Moreau est une comédienne comblée et césarisée. Déjà, un autre projet de film commence à germer tout doucement dans sa tête, juste en dessous de son indécrochable noeud dans les cheveux.
Tout a vraiment commencé en 1982, lorsqu'elle se lance dans l'écriture et la mise en scène d'un one-woman-show, Sale Affaire du sexe et du crime. Pendant trois ans, Yolande Moreau sillonne la France, de petites scènes en cafés-théâtres, avec son masque à grand nez, son cabas et ses bras peints en rouge sang. Yolande la grande timide ne doit son parcours à personne. En 1989, c'est elle qui va trouver Jérôme Deschamps, consciente qu'on n'irait pas la chercher. "Jérôme et Macha m'ont appris à faire confiance aux toutes petites choses, à ressentir pleinement le bonheur d'être sur scène. Ils ont surtout cette manière à eux de raconter des histoires, d'autant plus touchante qu'elle n'est pas réaliste."
A l'approche de ses 50 ans (elle en a 52 aujourd'hui), Yolande Moreau a voulu troquer ses rôles de comique de service pour celui d'une femme normale. Et désirable. Cela a donné Quand la mer monte... "J'ai un gros cul, balance-t-elle simplement. Alors, je voulais une scène où mes fesses auraient pris tout l'écran." Elle avait même écrit la réplique de son partenaire, Wim Willaert : "Quel cul ! il fait pas semblant d'exister !" Et puis elle s'est dit que "ce serait trop". Et a préféré une jolie scène de nu poétique.
Pour sa "carte blanche", Yolande Moreau a eu envie de parler de son "bazar", des jardins, des objets, de retrouver Bruxelles, sa ville natale, et de faire la part belle aux êtres qui lui sont chers et qui, selon elle, ont tous un point commun : "ils ne branlent pas dans le mou."
Mathilde Blottière